Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/123

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LE RUT OU LA PUDEUR ÉTEINTE


bonhomme, s’approchant de lui tout éperdu : « Mon grand, lui dit-il, notre mâtin est étendu tout de son long dans la cour ; je le viens de voir comme je faisais mon cas, et j’ai eu beau le battre avec mon pied, je ne l’ai jamais pu faire lever ; je pense aussi vrai qu’il est mort. » Ce grand mâtin était un chien très considérable pour une prison ; il était de bon guet et servait davantage pour le guichetier à empêcher que les oiseaux de la basse-cour ne s’envolassent. Il ne se faut donc pas étonner si mon grand se leva incontinent de table et prit une chandelle pour aller voir ce qu’il en était. Après qu’il eut considéré la triste posture du fidèle gardien, il trouva que Robert avait raison et que son favori avait été visiter ses pères dans l’enfer des chiens, car ils n’ont point de p, et quand ils en auraient, celui-là qui avait souffert une mort subite n’y devait pas sans doute être allé. Je ne dirai point ce que la colère fit faire d’extravagances au vieillard, ni toutes les injures dont il blasphéma contre l’innocence des prisonniers qu’il accusait de l’avoir empoisonné ; seulement vous dirai-je qu’il soupira plus d’un quart d’heure, et que peut s’en fallut qu’il ne se mît à deux genoux pour recommander l’âme de son chien.

Pendant qu’il fulminait, Céladon et son camarade s’étaient retirés dans leur chambre, où ils avaient trouvé la tête de la petite Hïante qu’un chat roulait en se divertissant. Ce spectacle leur donna un plaisir extrême et ils ne doutèrent point que le grand domes-