Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/199

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

185
HISTOIRE AMOUREUSE DE CE TEMPS


débattant dans ses bras, puisque vous êtes si peu sensible à ce qui touche mon honneur. Non, non, je ne vous saurais souffrir, et j’ai conçu tant d’horreur contre tous les hommes ensemble, après un semblable affront, que je m’en prendrais volontiers à vous.

Schelicon, sans s’amuser à lui répondre, lui fait parler en faveur de son amour par je ne sais quoi à qui elle n’avait jamais pu résister de sa vie, si bien qu’il acheva l’ouvrage imparfait de l’amant de sa femme. Il est vrai qu’elle parut si modeste en cette occasion qu’elle ne voulut jamais consentir, quoi qu’il pût faire, qu’il la regardât nue et qu’elle abaissait incessamment ses jupes, en disant que c’était contre toutes les règles de la bienséance et de l’honneur de satisfaire les regards impudiques d’un mari.

Cléandre, qui avait entendu de la chambre prochaine où il était resté ce qui s’était passé entre Schelicon et Lupanie, avait l’esprit agité de transports furieux, et comme il la vit entrer seule dans cette même chambre, sans rien consulter il s’approcha d’elle et lui tint ce discours : — Je suis donc, madame, cette malheureuse victime que vous avez choisie pour être sacrifiée à vos infâmes plaisirs ; il vous en fallait une ; vous avez fait tomber ce choix sur moi, et, par un excès de cruauté sans égale, vous m’avez rendu le témoin, le juge et le bourreau de mes propres supplices. La bouche toute mouillée de mes baisers, les yeux pleins de regards amoureux, le cœur rempli de