Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/35

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LE RUT OU LA PUDEUR ÉTEINTE


mille fois plus de biens que je n’en perdis sous les ruines de ma liberté. Veuillent les justes dieux que mes chaînes durent éternellement, si la continuation des délices que je goûte ne m’est pas déniée, et s’il m’est permis d’espérer que ce ne sera pas ici la dernière fois que vous apporterez le jour dans ce temple de la plus obscure de toutes les nuits. »

— Je voudrais, reprit Dorimène, qu’il me fût libre de vous tenir compagnie dans un lieu où ma conversation vous pourrait épargner les fâcheuses réflexions de votre esclavage ; mais j’ai des parents qui ne me pardonneraient jamais cette hardiesse, et leur vertu est si délicate que j’en aurais sans doute beaucoup à souffrir si les pas que je viens de faire ne leur étaient ignorés. Mais comme mon cœur ne se règle que par les puissances dont il est entraîné et que ces puissances ne sont autre chose que les insignes attraits dont vous épuisâtes la nature, je veux bien, Céladon, si toutefois la chose est digne de vous être offerte, consentir à ne l’éloigner jamais de vous, et vous faire un innocent sacrifice de ses premières ardeurs et de ses vœux tout passionnés et tout tendres. » En achevant ce discours, elle poussa un soupir qui persuada entièrement Céladon qu’il en était idolâtré, et comme elle était un but où les plus fiers auraient été glorieux de donner, il se sut bon gré de l’avoir assujettie Et s’étant relevé de terre, où il s’était agenouillé à son abord pour lui pré-