Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/39

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LE RUT OU LA PUDEUR ÉTEINTE


de sa vigueur, et tout jeune et vaillant qu’il était au doux exercice de Cyprine, il s’était emporté dans ses caresses jusqu’à perdre haleine, et ne regagna sa chambre qu’à pas de vieillard. À peine y fut-il entré que celle des deux masques qui semblaient avoir de l’empire sur l’autre lui fit signe de la main de venir s’asseoir auprès d’elle, et dès qu’il lui eut obéi avec une grâce qui lui était naturelle, elle prit ainsi la parole : « Si je ne lève pas le masque, lui dit-elle, ce n’est pas que je ne sache de l’air dont on vit dans le monde, ni que j’ignore qu’il n’y a point de rang qui puisse affranchir celle qui l’occupe des civilités qu’on doit à la plus parfaite image que nous ayons sur la terre du dieu qui captiva autrefois Climène et qui fut cause, par sa poursuite, que Daphné fut convertie en laurier. Mais, Céladon, la hardiesse où je m’échappe contre les lois de la retenue qui m’a acquis quelque bruit parmi le sexe m’a suggéré cet unique moyen de vous venir assurer de mes services et de plaindre avec vous la dureté de vos injustes parents qui ne rendent pas à ce qu’ils ont de plus précieux et de mieux formé, tant pour les excellentes parties du corps que celles de l’esprit, tout le secours que le sang seulement, sans autre raison, en devrait tirer. Lorsque le bruit de vos rares qualités m’eut ouvert le cœur à une compassion dont je ne me repentirai jamais, je me déterminerai à vous venir offrir ma bourse, dans un équipage qui vous pût dérober ma connaissance, et