Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/41

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LE RUT OU LA PUDEUR ÉTEINTE


soins que j’y veux apporter ? Ah ! Céladon, que je serais malheureuse s’il en était ainsi, et que votre réputation serait fourbe si vous rejetiez le service des dames et le dessein que j’ai de me ranger sous vos fers ! Combien que, pour les raisons que je vous ai dites, mon visage soit assez bien voilé pour vous dérober les traits qui le composent, peut-être ne sont-ils pas toutefois si faibles qu’ils ne pussent faire quelque impression sur votre âme si la vue en était permise.

— Ah ! que vous êtes injuste, répartit promptement Céladon, que le silence fatiguait déjà, si vous avez cru que j’ai une âme capable de résister aux charmes dont vous l’avez conquêtée ! Non, non, adorable beauté, je vous aime sans vous connaître, et pour vous dire plus, je vous adore, et je vous confesse que si vous n’êtes pas une divinité immortelle, au moins en avez-vous toutes les adorables parties. Mon silence n’est pas si condamnable que vous feigniez de le croire, et ce n’est pas une petite merveille que j’aie pu si promptement recouvrer la parole, puisque la surprise et l’admiration où m’ont plongé les augustes appas dont vous êtes revêtue m’en devrait avoir interdit l’usage pour jamais. J’accepte vos bontés, quoique je m’en reconnaisse indigne, et je mériterais sans doute la continuation de ma mauvaise fortune si je refusais les largesses d’une divinité, qui, je pense, est venue exprès du ciel pour allonger la quenouille