Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/43

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LE RUT OU LA PUDEUR ÉTEINTE


et si son déplaisir n’opéra pas ses dangereux effets sur-le-champ, il est constant que sa cruauté n’en fut que plus tyrannique.

Cependant Marcelle revint du silence que cet accident imprévu, à ce qu’elle disait, mais exprès selon mon sens, lui avait causé, et s’expliqua à Céladon en des termes si éloquemment amoureux


Que son cœur, incertain du choix qu’il devait faire,
   Chercha longtemps par quels moyens
   Il pourrait cueillir tant de biens
   Sans irriter et sans déplaire
Ces anges qui venaient honorer ses liens :
   « Puis-je abandonner Amarante
 Dont les attraits sont peut-être pareils
   À ceux de la beauté charmante
   Dont je découvre les soleils ?
   Dois-je aussi de cette dernière,
 Dont les appas se sont manifestés,
   Pour n’adorer que la première,
Laisser les intérêts de mes sens enchantés ?
   Non, non, dit-il, astres des belles,
J’ai le cœur assez grand pour loger vos attraits ;
   Je ne consentirai jamais
Que de si beaux objets sortent de mes ruelles.
  À toutes deux mon cœur est engagé,
   En deux parts Amour me divise :
   L’une a pris d’abord ma franchise,
Et l’autre sous ses lois m’a promptement rangé. »


Les choses se passaient ainsi dans son âme, lorsque