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L’ŒUVRE DE P.-CORNEILLE BLESSEBOIS


cœur respire la loi. Et quant aux beaux cheveux de votre bourse, je les veux porter à côté du siège de ma vie, comme un scapulaire religieux de la dévotion que j’aurai éternellement à vous adorer. Adieu, ma chère, je vous attends ce soir avec une impatience indicible, et je vous jure avec vérité que vous ne pouvez, sans altérer ma santé, remettre à demain le bien que Céladon se promet de votre vue. »

Céladon donna charge à la jeune Mercure de rendre bien fidèlement sa réponse à Dorimène, et pour l’engager à leur service, en cas que leur amour subsistât, il lui donna un baiser sur la bouche, qu’elle reçut avec un contentement qui parut incontinent sur son visage.

Cependant Amarante était déjà de retour, et sa diligence fit connaître à Céladon qu’il ne l’avait pas légèrement blessée. Aussi dois-je ici confesser qu’il n’était pas d’une beauté commune, et que la régularité de ses traits l’avait rendu tout à fait charmant. Il avait l’esprit agréable ; son courage était connu, et si son acquis n’avait pas les pères de famille pour partisans, du moins les jeunes gens de la première volée le regardaient comme un des principaux membres de leur corps. Il avait le secret de s’insinuer dans le cœur des plus farouches, et j’ose dire, sans crainte d’être dédit par ceux qui savent l’histoire de sa vie, qu’il a vu plus de quarante filles, en une demi-année, combattre les premières places de sa chaîne. Il composait