Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/47

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LE RUT OU LA PUDEUR ÉTEINTE


des vers avec une facilité admirable, et ses billets étaient ordinairement semés de tant de galanteries


   Que les beautés, à leur lecture,
  Passaient souvent et la nuit et le jour,
Et glissaient dans l’appas de la douce torture
Par l’enjolivement qu’il donnait à l’amour.


Les premières paroles que lui dit Amarante furent : « Nous sommes seuls, cher Céladon, et mes yeux qui n’ont point ici de rivaux peuvent vous considérer à leur aise et recevoir le doux écoulement de vos charmes. Mais, dieux ! continua-t-elle, que les hommes de ce siècle sont retenus et que je suis malheureuse de ne pouvoir attirer de votre bouche les choses que la mienne vous dit de la part de mon cœur ! »


   « Ah ! serez-vous toujours cruelle !
  Lui répartit l’amoureux Céladon.
Que n’attribuez-vous à l’excès de mon zèle
Un crime dont j’aurais plus aisément pardon ?
  Connaissez mieux votre pouvoir, ma belle :
Je mets entre vos mains mon âme à l’abandon. »
   Pendant quelque temps ils se turent,
Et leurs cœurs, à leur tour, dans leurs divins accès,
   S’entretinrent avec excès
   De certaines douceurs qui durent
   Ou du moins qui doivent durer
   Autant que la nature même,
   Ou jusqu’à ce que la mort blême
  Ait le pouvoir de nous en séparer.

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