Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/77

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

63
LE RUT OU LA PUDEUR ÉTEINTE


Mais d’un double bandeau voilez votre visage,
Afin de ne pas voir, parmi leur badinage,
Les célestes attraits qui ravissent l’esprit.
Ils ont tant de pudeur tous les deux en partage,
Et tant de modestie est jointe à leur servage
   Qu’ils en rougiraient de dépit.
Avant que d’approcher leurs pudiques ruelles,
   Munissez-vous des plus rares encens
   Dont vous savez vaincre les sens,
Et que votre ordinaire est de brûler aux belles ;
   Battez incessamment des ailes,
Et faites que dans l’air leur bruit respectueux
   Forme ce langage amoureux.
Goûtez, heureux amants, les douceurs de la vie
   Et n’éteignez jamais des feux
   Où votre printemps vous convie.

   Et toi, beau trompeur, dieu des songes,
   S’il advient que tu les y plonges,
Après que le Sommeil, épandant ses pavots,
   Leur aura donné du repos,
   Fais, je te prie, qu’ils ne songent
   Qu’à se tenir de doux propos.
   Et reculer la sévère Atropos
   Du miel où les amours les plongent.

   Zéphirs, que vos douces haleines
Quittent les bois, les prés, les jardins et les plaines,
   Afin de se rendre, à leur tour,
   À l’éternité de leurs chaînes ;
   Mais qu’elles ne soient pas si vaines
   Que de concevoir de l’amour.