Page:L’Œuvre de P.-C. Blessebois, 1921.djvu/95

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LE RUT OU LA PUDEUR ÉTEINTE


vage, afin de dénicher ; et pour s’en éclaircir, elle se guinda à pas de voleur jusque-là, avec une petite lumière qu’elle portait sous son tablier. Elle fut quelque temps à écouter si elle n’entendrait rien, et ayant remarqué certain bruit sourd du côté du lit de Poquet, où Céladon et Hïante culbutaient, elle ne douta plus qu’il n’y eût quelque complot formé. Elle entra donc tout d’un coup en manifestant sa lumière, et après qu’elle eut vu ce qui se passait, et surtout les grosses fesses d’Hïante qui étaient rebondies et grandement dodues, la petite bonne femme, qui était gaillarde au dernier point, exhala sa joie avec tant de transport que je suis encore étonné que l’Amour ne la transformât point en statue de Ris.


   « Courage, enfants, s’écria-t-elle,
   Vous ne l’aurez jamais si beau ;
   Achevez ce tendre cadeau
   Que vous donne un amoureux zèle ;
Et toi, pardonne-leur, ô puissance éternelle !
   Car, par ma foi, je te réponds
   Qu’ils ne savent pas ce qu’ils font. »


Cependant Céladon trouvait l’aventure admirable de voir Dorimène écrasée sous la pesanteur du gros ventre du Rocher, et Dorimène ne savait à quoi s’en prendre, tant elle était étonnée. Mais surtout le bonhomme tenait une posture digne de remarque et ses yeux étincelaient de colère contre l’empêchement que

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