Page:L’Anarchie passive et le comte Léon Tolstoï.djvu/68

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


56
L’ANARCHIE PASSIVE

individuelles de nos consciences ; or sans cela, comme nous l’avons déjà dit plus haut, il serait impossible de développer la conscience humaine, d’assurer le progrès et la civilisation.

« De même que le premier germe de l’ordre mental a été fourni au cerveau naissant par l’apparition du moi, le premier germe de l’ordre social a été donné à la société primitive par l’apparition du chef. Le chef est le moi social, » a dit avec profondeur M. Tarde[1].

Et c’est vrai : chaque être humain, quand il prend conscience de soi-même, commence à se représenter sous le symbole du « moi » et comme en même temps il commence à sentir la nécessité d’entretenir des rapports avec les consciences de ses semblables pour contrôler, vérifier les données de sa conscience individuelle, il arrive bien vite à éprouver le besoin d’un être collectif pour toute cette multitude de consciences distinctes, d’un être représentant de tous ; et l’idée d’un chef surgit d’elle-même. Ainsi, on voit que l’idée d’un

  1. Tarde. Catégories logiques et institutions sociales. (Revue philosophique, 1889, t. XXVIII.)