Page:L’Anarchie passive et le comte Léon Tolstoï.djvu/75

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


63
L’ANARCHIE PASSIVE

Ils ne remarquent même pas que c’est une épreuve, qu’ils ont un choix à faire : il leur semble qu’ils n’ont qu’à se soumettre docilement. On croirait que ces paroles insensées qui offensent tout ce que l’homme a de sacré devraient l’indigner ; mais non. Tous les jeunes gens de toute l’Europe sont soumis chaque année à cette épreuve, et, sauf de rares exceptions, ils renient tout ce qu’il y a de sacré et acceptent volontiers la perspective de tirer sur leurs frères ou sur leurs pères pour obéir à l’ordre du premier fou venu, accoutré d’une livrée à galons rouge ou or.

« Un sauvage quelconque a toujours quelque chose de sacré pour lequel il est prêt à souffrir. Où donc est ce quelque chose de sacré pour l’homme moderne ?… » demande le comte Tolstoï.

Et il ne remarque même pas, dans sa fougue passionnée, qu’il nous a précisément montré un exemple du dévouement entier des hommes modernes à l’idée de leur devoir envers la patrie, et par conséquent envers le représentant symbolique de cette patrie, envers l’empereur Guillaume II.