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l’Évangéliaire, indiqueraient que la riche reliure serait un don de leur munificence.

C’est ce vénérable volume, je le rappelle en finissant, ce monumental manuscrit des saints Évangiles que, durant l’espace de huit cents ans, les mains bénies des abbesses de Saint-Georges ont touché, l’une après l’autre, lorsque ces nobles et pieuses femmes prenaient solennellement Dieu à témoin de leur fidélité à remplir les devoirs de leur charge, en présence de leurs sœurs assemblées.

Un si splendide et précieux livre ne serait-il pas un don du duc Alain III à sa sœur Adèle, « son plus aimé trésor ? »

A ses pages sacrées se rattachent, du moins, le nom et le souvenir de cette première et illustre abbesse, qui plaça les hermines de Bretagne sous la protection de saint Georges et de saint Benoît.

A sa suite, il n’est guère de grande maison, de vieille et forte race du pays qui n'ait compté quelqu’une de ses filles à la tête du vieux monastère rennais ; dans la série de ses abbesses, n’avons-nous pas retrouvé les noms des maisons de Dinan, de Vitré, de Mathefelon, d’Erbrée, de Laval, de Rieux, du Guesclin, d’Espinay, de la Fayette ?

La basilique, édifiée et entretenue par les largesses des souverains bretons, de leurs grands feudataires et des opulents bourgeois, n’existe plus. Le monastère d’où s’élevaient les purs accents de la prière a changé de destination. Mais de l’antique Évangéliaire qui en rappelle la mémoire s’exhale, comme un parfum du fond d’un vase, un témoignage embaumé de la foi et de la piété de nos pères, avec le souvenir des traditions et des mœurs chrétiennement trempées qui florissaient aux anciens jours.


Paul DE LA BIGNE VILLENUEVE.