Page:La Boétie - Œuvres complètes Bonnefon 1892.djvu/14

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qu’il était pourvu à un si haut degré, et qu’il reçut son diplôme de licencié en droit civil dans la belle salle des Thèses, construite vers les commencements du xve siècle et qui est maintenant le seul vestige survivant d’une grandiose institution[1].

L’Université d’Orléans était fort ancienne et fort renommée : avec celle de Toulouse, où le sieur de Bouilhonnas avait étudié et où l’on croit que Montaigne fit aussi une apparition, c’était la plus ancienne et la plus renommée du royaume, après Paris. Dès les temps les plus reculés, elle fut le centre d’un ardent foyer d’instruction et compta dans son sein de nombreux élèves et des maîtres érudits[2]. L’un d’eux, le bordelais Bertrand de Goth, devenu pape sous le nom de Clément V, se souvint de l’école où il avait passé sa jeunesse, et lui donna, par des bulles du 27 janvier 1305, la réglementation qui lui manquait encore. Cette puissante organisation, qui régularisait un état de choses depuis longtemps existant, fit de la nouvelle Université des Lois une des écoles les plus fréquentées de France. Bientôt la réputation de ses docteurs s’étendit partout, et, à certaines époques, disent les chroniqueurs, plus de cinq mille étudiants, divisés en dix nations, en suivaient les cours de droit civil et de droit canonique[3].

Cependant les luttes qui occupèrent le xve siècle tout entier ternirent, un moment, l’illustration des écoles d’Orléans ; elle était revenue, sous les règnes de Louis XII et de François Ier, plus brillante que jamais. Une élite de savants s’y était donné rendez-vous pour enseigner en même temps. Aussi les disciples abondèrent-ils vite, à nouveau, autour de semblables maîtres. C’est pendant cette période d’éclat que La Boétie y séjourna. Successivement il étudia sous Anne Du Bourg[4], que sa science

  1. Boucher de Molandon, La Salle des thèses de l’Université d’Orléans, p. 17.
  2. Pour l‘histoire de l’Université d’Orléans, il faut consulter les histoires générales d’Orléans (Lemaire, Symphorien Gugon), l’Histoire du droit romain au moyen âge de Savigny (t. III, p. 286) et surtout l’importante monographie de M. Eugène Bimbenet (Histoire de l’Université des Lois d’Orléans, 1853, in-8°).
  3. Boucher de Molandon, loc. cit.
  4. Anne Du Bourg enseignait à Orléans en 1549, avant même d’être reçu docteur-régent. On conserve un manuscrit qui renferme son cours de cette époque, ainsi que celui de son collègue Mynier (Bibliothèque publique d’Orléans, n° 209). C’est un volume in-folio, qui contient un commentaire sur deux livres du Code : le premier a été interprété par Jean Mynier, le second par Du Bourg. En voici le titre : Commentaria ad titulum XVIII libri primi Codicis de juris et facti ignorantia, et ad sexti libri Codicis titulum de Collationibus. Nommé régent au mois de mai 1550, Du Bourg entra en fonctions en même temps que ses collégues Le Jay et Jean Robert. Il fut une première fois nommé recteur le 23 juin 1553, en remplacement de Jean Roille, et le demeura jusqu’au 7 octobre de la même année, la dignité de recteur n’étant conférée que pour quatre mois seulement. Nommé une seconde fois, il resta en exercice du 23 juin au 7 octobre 1555. Enfin, ayant obtenu ces fonctions une troisième et dernière fois, il les tint du 23 juin au 7 octobre 1557. En novembre de la même année, il quittait l‘Université d’Orléans pour le Parlement de Paris. (Cf. Jules Doinel, Anne Du Bourg à l’Université d’Orléans, sa régence, son habitation, ses trois rectoreries. Orléans, 1884, in-8°.)