Page:La Boétie - Œuvres complètes Bonnefon 1892.djvu/22

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précédente (mars 1560), L’Hospital avait inauguré, deux mois à peine après son arrivée au pouvoir, la politique de tolérance qu’il pratiqua toujours. Mais le Parlement de Bordeaux avait fait, au début, quelque opposition à cette nouvelle impulsion. Lors de la publication de l’édit de Romorantin (mai 1560), la Cour s’était tout d’abord refusée à l’enregistrer. Elle transmit au roi François II des remontrances que celui-ci n’écouta point. Afin d’éviter un semblable retard aux ordonnances d’Orléans, qui confirmaient et élargissaient l’édit de Romorantin, le Chancelier les fit suivre de prudents conseils, comme il savait en donner à l’occasion. Il profita d’un intermédiaire tel que La Boétie pour faire savoir comment il en fallait conduire l’exécution. « Elle demeure toute entière en la direction et sagesse de la Cour, disait L’Hospital, laquelle doit bien aviser de ne point irriter le mal par la rigueur, ni aussi de l’augmenter par la licence[1]. » Profondes paroles qui semblaient plus judicieuses encore, répétées par le jeune conseiller !

Quelques mois seulement après son retour de Paris, La Boétie allait lui-même être appelé à mettre en pratique les sages recommandations de L’Hospital. La Guyenne était, sans nul doute, la partie du royaume dans laquelle les réformateurs avaient fait le plus grand nombre de prosélytes, et ils comptaient beaucoup sur la ferveur de ces adeptes. Mais, au centre de la Guyenne, l’Agenais se faisait remarquer encore par l’effervescence des passions religieuses. C’est dans cette place forte de la Réforme que La Boétie dut se rendre, appelé par des circonstances trop graves pour ne pas les raconter ici aussi longuement qu’elles le méritent.

Ces désordres duraient depuis longtemps et augmentaient chaque jour d’intensité. Déjà, le 18 janvier 1561, le greffier Pontac avait averti la reine-mère, au nom du Parlement, des troubles qui se fomentaient un peu partout dans le ressort de la Cour, et principalement en Agenais[2]. La lettre, trop exagérée, recommandait l’emploi des moyens extrêmes à l’égard des turbulents. Mais Catherine, sous l’influence de l’Hospital, penchait alors vers la conciliation. « Ceulx d’Agen continuent tousjours de faire les folz, écrit-elle le 20 mai à M. de Burie, qui occupait à cette époque le poste de lieutenant du roi à Bordeaux, et qui se faisait remarquer par la modération de ses idées, et pour ceste cause, puisque leur sénéchal ne peut y aller pour la charge qu’il a il

  1. Bibliothèque nationale, Fonds Périgord, n° 11, f° 417.
  2. Archives historiques de la Gironde, t. XIII, p. 147.