Page:La Boétie - Œuvres complètes Bonnefon 1892.djvu/47

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application particulière, qu’il faisait aux maux de la France du discours de La Boétie, n’était point le cas de celui-ci. Il commettait la première fausse interprétation du Contr’un ; par malheur, elle ne devait pas rester la dernière.

La publication de la Servitude volontaire n’eut lieu qu’en 1574, plus de dix ans après la mort de son auteur, et, — chose curieuse, qui n’a cependant été mentionnée par aucun des biographes de La Boétie, — le premier extrait qui en fut publié le fut en latin[1]. En 1574 parurent en effet, sous le pseudonyme d’Eusèbe Philadelphe, quicachait un écrivain protestant, deux dialogues latins assez longs, dirigés contre le roi et la reine sa mère[2]. Le premier avait déjà été publié l’année précédente, à la fois en latin[3] et en français[4] six mois et douze jours seulement après la Saint-Barthélemy. C’est dire qu’il était assez violent et qu’il eut quelque retentissement : on le traduisit même en allemand[5], et la cour le fit combattre par un libelle contradictoire d’Arnaud Sorbin[6]. Quant au second dialogue, d’une forme un peu plus modérée, il voyait le jour pour la première fois et se terminait par une longue tirade sur la servitude volontaire, qui n’était autre qu’un important fragment du discours de La Boétie, mis en latin pour les besoins de la cause. Œuvre anonyme et collective, comme devait être plus tard la Satyre Ménippée, mais composée avec infiniment moins d’esprit, le Réveille-Matin des François renfermait un pêle-mêle de discussions et d’opinions sur les diverses questions du temps[7]. Pour le rendre plus redoutable encore, on ne tarda pas à le mettre en français, et l’extrait de La Boétie parut alors, tel qu’il avait été écrit, sans que son auteur fût nommé pour cela.

Il ne le fut pas même en 1576. À cette date[8], un pasteur de

  1. Voir ci-dessous Appendice V.
  2. Dialogi ab Euscbio Philadelpho cosmopolita in Gallorum et cœteraram nationum gratiam compositi, quorum primus ab ipso auctore recognitus et auctus, alter vero in lucem nunc primum editus fuit. — Edimburgi (Bâle ?), ex typographia Jacobi Jamæi, 1574, in-8°. — Deux dialogues à pagination séparée : 1er dialogue, 110 pp. et 16 ff. lim. non chiff. ; 2° dialogue, 136 pp.
  3. Dialogus qua multa exponuntur quœ Lutheranis et Hugonotis Gallis acciderunt. Nonnulla item scitu digna et salutaria consilia adiecta sant. Oragniæ (Orani en Piémont), excudebat Adamus de Monte, 1573, pet. in-8° de 4 ff. lim., 170 pp. et 2 ff. pour l’index.
  4. Dialogue auquel sont traitées plusieurs choses advenues aux Luthériens et Huguenois de la France, ensemble certains points et avis nécessaires d’estre sçus et suivis. Basle, 1573, pet. in-8°, 2 ff. et 162 pp. À la fin : « Achevé d’imprimer le douziesme jour du sixiesme mois d’après la trahison. »
  5. Traduction du titre allemand : Réveille-matin, ou réveillez-vous de bonne heure, c’est-à-dire Relation sommaire et véritable des troubles graves passés et actuels de la France, composée en forme de dialogue pour le bien des Français et d’autres nations voisines par Eusebius Philadelphus cosmopolite ; traduite maintenant du français en allemand par Emericus Lebusius. Edimbourg, I. James, 1575, in-8°.
  6. Le vrai Réveille-Matin, pour la défense de la Majesté de Charles IX pas Arnaud Sorbin. Paris, 1574, in-8°. — Cet opuscule fut réimprimé en 1576 sous un titre quelque peu différend.
  7. On trouvera une judicieuse appréciation des mérites littéraires du Réveille-Matin des François dans l’ouvrage de M. C. Lenient sur la Satire en France ou la littérature militante au XVIe siécle (Paris, 1877, in-12, t. II, p. 30).
  8. Cette première édition des Mémoires de l’estat de France sous Charles neufiesme est fort rare. Je n’ai pu la rencontrer et je n’en parle que d’après Brunet et la France protestante. Suivant Brunet, l’ouvrage fut réimprimé en 1577 et 1578 ; sous cette dernière date, il y aurait même eu deux éditions des Mémoires, publiées toutes deux à Meidelbonrg et imprimées l’une en gros caractères, l’autre en petits. Dans l’édition en gros caractères, qui est réputée la meilleure et la plus complète, la Servitude volontaire occupe les feuillets 116 verso à 139 verso du t. III ; dans l’édition en petits caractères, elle va du feuillet 82 verso au feuillet 99 verso, également dans le t. III.