Page:La Boétie - Œuvres complètes Bonnefon 1892.djvu/57

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son ouvrage, Amyot, transportant Plutarque en français pour le rendre accessible au plus grand nombre, essayait avant tout de faire comprendre son auteur : il ne pouvait s’arrêter à toutes les ressources de style, à copier des détails qui eussent surchargé sa besogne sans l’éclairer. Il fallait plutôt songer à donner des écrits de Plutarque un ensemble harmonieusement établi, où toutes les qualités vinssent, dans leur ordre, tenir le rang qu’elles devaient occuper. Sa traduction était un édifice de proportions régulières et bien établies qu’Amyot éleva avec une conscience jalouse. Plus philologue par instinct, La Boétie au contraire cherchait à reproduire la prose de Plutarque avec une exactitude qui n’excluait pas l’élégance. Il possédait par dessus tout la connaissance de la langue, et le sentiment de la phrase grecques. Il avait autant approfondi la syntaxe de l’une que le génie de l’autre. Et quand son érudition si solide, sa critique si pénétrante et si avisée l’amenaient à découvrir le vrai sens caché d’un auteur mal édité, avec quelle précision ne cherchait-il pas à rendre toutes les nuances d’une période dont il comprenait jusqu’aux moindres finesses[1] ? On trouve ainsi, dans les quelques pages de Plutarque traduites par lui, des traces nombreuses de l’effort méritoire tenté par La Boétie, pour faire sentir, dans sa prose, le jeu toujours délicat des particules grecques. Au contraire, les notes sur le traité de l’Amour nous ont montré les soins apportés à l’établissement du texte même. Nous assistons au travail de préparation intime du philologue et nous savons que cette besogne était féconde, car on y trouve bien des corrections nouvelles que les manuscrits ont justifiées depuis, beaucoup d’intelligentes remarques dont les commentateurs plus récents se sont emparés, sans nommer La Boétie.

Une traduction du dialogue de Xénophon sur l’Économie, qu’il appelle heureusement la Mesnagerie, termine avantageusement la série des traductions grecques de La Boétie, puisqu’il est maintenant démontré que la traduction de l’Économique d’Aristote n’a été rangée sous son nom que par une supercherie de libraire[2].

  1. M. Feugère indique (p. 301 de son édition) une correction fort heureuse apportée par La Boétie au texte des Règles de mariage. M. Dezeimeris signale en outre (Publications des Bibliophiles de Guyenne, t. l, p. 301) les efforts du traducteur pour rendre scrupuleusement le jeu même des particules grecques. Nous en signalerons d’autres exemples.
  2. Voir Appendice VII.