Page:La Boétie - Œuvres complètes Bonnefon 1892.djvu/73

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


breux à son sens, et il s’était permis de dire que le talent du poète serait mieux employé à chanter la gloire de Dieu. La Boétie lui fait remarquer vivement qu’il est plusieurs façons de plaire à Dieu et que Lavie l’eût honoré en gardant le silence. La réponse était mordante : pour que La Boétie l’adressât à un collègue, il fallait qu’il eût été atteint dans ses affections les plus chères.

D’ailleurs, d’autres liens encore unissaient La Boétie à Ronsard, depuis Lancelot de Carle, l’ami des premières années de Ronsard et le beau-frère de La Boétie, jusqu’à Jean Amelin, le célèbre traducteur de Tite-Live, oncle lui aussi de La Boétie. Le souvenir de celui-ci ne dut pas nuire à la liaison qui se forma plus tard entre Ronsard et Jean de Belot[1], qui avait si intimement connu La Boétie avant dc devenir l’ami du poète. D’abord conseiller au Parlement de Bordeaux, où il siégeait aux côtés de Montaigne et de La Boétie, Belot avait noué avec l’un et avec l’autre d’étroites relations. Il en est maintes preuves dans les vers latins de La Boétie, qu’il visita durant sa dernière maladie. Maître des requêtes de l’hôtel du roi, Belot quitta Bordeaux pour Paris et se trouva dès lors mêlé au monde des littérateurs et des poètes. Il devint bien vite et l’ami de Baïf, qui lui dédie plusieurs poèmes, et celui de Ronsard, qui l’appelle

Belot, parcelle, ains le tout de ma vie.

L’un des plus remarquables poèmes de Ronsard, le poème sur la Lyre, porte le nom de Belot. Il nous montre à quel degré d’intimité en était venue la liaison entr’eux et il n’est pas téméraire de supposer que le souvenir de La Boétie n’y avait pas nui.

Faut-il mentionner ici tous ceux que Ronsard et La Boétie connurent à la fois ? Faut-il dire que l’un et l’autre furent des


    nul doute, il s’agit ici de Gaillard de Lavie, conseiller lay au Parlement, de Bordeaux depuis le 20 décembre 1540, et devenu conseiller clerc le 15 septembre 1555. Il entretint quelques relations avec des littérateurs de son temps. Ainsi que me le signale fort obligeamment M. Émile Picot, Béranger de La Tour, d’Albenas en Vivarez, lui adresse un sonnet, dans l’Amie des amies (Lyon, 1558).

  1. Originaire de l’Agenais, Jean de Belot était encore conseiller au Parlement de Bordeaux le 9 décembre 1559, ainsi qu’il appert d’un arrêt du Parlement de cette date. Il y est dit qu’il a de « grands biens » dans le Haut-Pays, c’est-à·dire en Agenais (Archives historiques de la Gironde, t. XIX, p. 472). On le trouve comme maître des requêtes de l’hôtel du roi dans une pétition des jurats de Bordeaux au roi, datée du 15 juin 1568 (Arch. hist., t. IV, p. 164). Les deux pièces de Ronsard qui lui sont dédiées lui sont adressées sous ce titre (édition P. Blanchemain, t. IV, pp. 53 et 121). Voy. aussi Baïf, édition Marty-Laveaux, t. II, pp. 33, 71 et 435.