Page:La Boétie - Discours de la servitude volontaire.djvu/110

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une haine et malveillance quasi universelle entre les sujets du Roi, laquelle en quelques endroits se nourrit plus secrètement, en autres se déclare plus ouvertement, mais partout elle produit assez de tristes effets.

L’autre est que peu à peu le peuple s’accoutume à une irrévérence envers le magistrat, et, avec le temps, apprend à désobéir volontiers, et se laisse mener aux appâts de la liberté, ou plutôt licence, qui est la plus douce et friande poison du monde. Cela se fait pour ce que le populaire, ayant connu qu’il n’est tenu d’obéir à son prince naturel en ce qui concerne la religion, fait mal son profit de cette règle, qui, de soi, n’est point mauvaise, et en tire une fausse conséquence qu’il ne faut obéir aux supérieurs qu’aux choses bonnes d’elles-mêmes, et après s’attribue le jugement de ce qui est bon ou mauvais, et enfin se rend à cela de n’avoir autre loi que sa conscience, c’est-à-dire, en la plus grande part, la persuasion de leur esprit et leurs fantaisies, et quelquefois tout ce qu’ils veulent ; car comme il n’est rien plus juste ni plus conforme aux loix que la conscience d’un homme religieux, et craignant Dieu, et pourvu de probité et de prudence, ainsi il n’est rien plus fol, plus vain et plus monstrueux que la conscience et superstition de la multitude indiscrète.