Page:La Boétie - Discours de la servitude volontaire.djvu/111

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La désobéissance au magistrat vient aussi d’ailleurs. C’est que ceux des deux religions voient entre les officiers de la Justice aucunes mutuellement contraires à leurs opinions, et leur veulent encore plus de mal pour cette occasion qu’ils ne font aux privés, même ceux de la nouvelle Église, tant pour la crainte qu’ils ont de la Justice pour l’avenir, voyant le Roi ne vivre pas à leur façon, qu’aussi pour la souvenance qu’ils ont de la rigueur des jugements donnés au temps des autres rois contre ceux qui ont introduit et formé leur doctrine. Ainsi, étant grande la haine contre la Justice, il est nécessaire que la révérence et l’obéissance soit fort diminuée, car il est impossible d’honorer ceux qu’on méprise ni d’obéir volontiers à ceux qu’on hait et qu’on a en horreur ; même pour ce que cette envie de désobéir n’est pas sans pouvoir, pour ce que maintenant il n’y a personne faible de tant que chacun a (par manière de dire) sa bande et sait son enseigne et sa retraite, étant les factions si ouvertes à cause du différend de la doctrine : ce qui se manifeste plus clairement aux nations qui sont de leur naturel plus martiales et qui s’échauffent plus volontiers, comme en la Gascogne, là où la diversité des opinions a fait d’autres effets qu’en plusieurs autres pays. Non pas [qu’on puisse nier] que la nature et l’humeur des peuples est