Page:La Boétie - Discours de la servitude volontaire.djvu/135

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Il me semble que je vois devant mes yeux que si on entretient ainsi deux opinions diverses, et qu’on permette que chacun ait son Église et ses ordonnances, il ne tardera guère qu’on verra un nombre infini qui, sur ce différend, mépriseront l’une Église pour l’amour de l’autre, et les quitteront toutes, et la France se remplira d’impiété et d’irréligion. Cela est fort à craindre, car chose du monde ne mène tant les choses à l’impiété que de voir mêmement en même peuple diverses assemblées tenant diverses religions, et d’une opinion maintenue aussi constamment des siens que l’autre des autres, et chacun se vantant avoir Dieu pour lui. Mais pour le moins une chose est bien certaine, qu’aux lieux où il y a eu licence de tenir deux religions, de ces deux-là en sont nées infimes d’autres et n’est possible qu’il n’advienne autrement. Martin [Luther] eut une saison Caroletad(¹) pour compagnon ; après il fit bande à part et commença de mettre en avant l’opinion du sacrement, qui depuis a eu de grands auteurs, Zwingle(²), Ecolampe(³) et Jean Calvin. D’une autre secte, Schuenfelde(⁴) a ses partisans. Les anabaptistes se sont déclarés et ont fait des tragédies horribles. Les anti-moines se sont mis en avant. Osiandre(⁵) a commencé une nouvelle secte de la justice essentielle de Dieu en l’homme ; Illyricus Flacus(⁶)