Page:La Boétie - Discours de la servitude volontaire.djvu/140

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


si grande multitude d’hommes, c’est folie de penser ou espérer de les supprimer, et c’est plutôt un souhait qu’une délibération. Ce sont, à peu près, les raisons qu’on déduit. Mais il est bien aisé de répondre à ce qu’on dit que, souvent et en beaucoup de lieux, plusieurs religions se sont comportées en une république. Quant aux vagues superstitions des gentils, il ne se faut pas ébahir s’il y en avait : autant de pays et autant de diverses façons de religion ; car elles étaient toutes compatibles et une ne tendait pas à la ruine de l’autre, pour ce qu’ils étaient tous d’accord qu’il y avait des dieux sans nombre. Et bien que chaque peuple eut les siens, si ne condamnait-il pas les dieux de ses voisins pour les avoir autres, pour ce que la race de leurs dieux ne refusait point compagnie. Entre nous, tout au contraire, et c’est pour autant qu’il est bien aisé que tant [de] diverses opinions toutes fausses s’y comportent. Mais d’accoupler la vérité et le mensonge il est impossible, de tant que l’une nécessairement chasse l’autre. Ainsi toutes les erreurs des anciens se souffraient bien ; mais dès lors que la vraie clarté de l’Évangile est venue, qui démentait toutes les idolâtries des gentils, lors a commencé de se manifester l’incompatibilité de la religion vraie et des fausses. Et oncques ce combat n’a cessé jusques à tant que la