Page:La Boétie - Discours de la servitude volontaire.djvu/143

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vais passage, avoir quelqu’un qui passe devant pour essayer le gué. Mais il ne sert de rien d’en avoir, si, encore qu’il s’en soit mal trouvé, on s’est résolu de le suivre. Fut-il oncques un si misérable État que celui où l’Allemagne a été depuis l’an 1517 jusques à l’an 1553 et qu’il est encore ? Où a-t-on vu tant d’exemples de cruautés inouïes, de massacres, tant de nouvelles pertes, d’étranges hérésies et inconnues, si grande incertitude de religion ? Bref, tant de confusion et une perturbation si grande, que cette pauvre région peut faire pitié à ses ennemis mêmes. Et sans doute la cause n’est pas autre sinon que, la diversité des opinions y étant tolérée, et ayant grand nombre de grands princes, puissantes villes, chacun a voulu vivre à sa mode ; et, selon les diverses passions, ils se sont partis en opinions et y ont rangé leurs peuples. De sorte que, par ce moyen, il s’est engendré un mélange d’erreur, et de là vint infinité de calamités horribles. Ceux qui ont pris garde à l’état des choses qui se sont passées, savent bien qu’il y est mort, depuis ce commencement des troubles, plus de deux cent mille hommes.

L’Empereur fut contraint de permettre ce qu’il ne voulait pourtant, parce qu’il avait à faire non pas à son peuple naturel, mais à un grand nombre de grands et puissants princes, comme le