Page:La Boétie - Discours de la servitude volontaire.djvu/146

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rarement employée et avec jugement, est une belle et singulière vertu en un prince ; mais la clémence ordinaire et sans distinction de discipline est l’entière subversion de tout l’ordre.

Le moyen de châtier le peuple n’est pas d’en donner la charge aux gouverneurs des pays, car il faut qu’ils soient punis par la vraie et naturelle Justice. C’est la Justice qui a été outragée ; c’est elle qu’il faut rétablir, si le Roi veut régner. Et maintenant ce qu’on a principalement à faire, c’est d’enseigner les sujets du Roi à le révérer et les remettre en ce chemin de lui porter honneur ; et autrement il n’y aura jamais fin de cette malédiction.

Soit donc de chaque Parlement envoyée une Chambre pour passer par les lieux où les plus grands excès ont été faits, qui fasse les procès et les juge, et soit accompagnée des gouverneurs avec forces pour assister à ceux qui seront employés par la Justice, pour la capture et autres exécutions de leurs jugements. Que cette Chambre ne recherche en façon quelconque personne pour la religion, mais seulement vaque à la punition des insolences, de voies de fait et de forces publiques ; et encore, pour ce que le nombre est infini des lieux où tels excès ont été commis, il faudra choisir les endroits où sont advenues les plus grandes violences et si renommées qu’on