Page:La Boétie - Discours de la servitude volontaire.djvu/145

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à cause de la religion, et après ne laisser, comment que ce soit, [qu’]une Église, et que ce soit l’ancienne, mais qu’on réforme tellement celle-là qu’elle soit en apparence toute nouvelle, et en mœurs toute autre ; et, en ce faisant, user telle modération qu’en tout ce que la doctrine de l’Église pourra souffrir, on s’accorde aux protestants, pour les ranger en un troupeau, faire revenir ceux qui ne seront trop délicats et leur donner moyen de se réunir sans offenser leur conscience, et non pas déchirer la part de Jésus-Christ en deux bandes, chose détestable devant Dieu, et certaine révélation de son ire, et indubitable présage de l’entière ruine de ce royaume.

Sur toutes choses et avant rien faire, il faut faire rigoureuse punition des forces publiques qui ont été faites par toute la France, car il est bien aisé de contenir en effet un peuple accoutumé et nourri à obéir par une médiocre sévérité au châtiment des fautes qui se font journellement ; mais il est impossible de remettre le populaire en train d’obéir, s’étant si lourdement débauché par une grande rigueur et un exemple afférent ; et si on ne lui fait voir la terrible face de la Justice courroucée, ils ne sauraient croire que le Roi fait autre chose que de se jouer avec lui et le flatter, et n’éprouve à bon escient sa puissance et son bras rigoureux. La miséricorde,