Page:La Boétie - Discours de la servitude volontaire.djvu/183

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Davantage, puisque l’on voit que de ne réformer point l’ancienne et de la maintenir avec la nouvelle, c’est maintenir le trouble et provoquer, comme je pense, une cruelle et calamiteuse guerre, c’est folie de croire, si nous sommes en affaires, que ni le vrai revenu du Roi, ni les emprunts ni les décimes y puissent fournir ; si lorsque tout le peuple était uni sous un prince majeur, il n’a été possible d’en tirer tant de subsides qui aient pu satisfaire à la défense des guerres, de sorte que nous sommes devenus enfoncés en dettes infinies, qu’espérons-nous maintenant si nous y revenons, et pendant que cette monarchie démembrée en dissensions et discordes est entre les jeunes mains de l’enfance de notre prince ? Gagnons seulement le repos et n’ayons point de peine qu’il soit pauvre : si nous avons guerre, rien ne suffit, si nous avons paix, rien ne défaudra. Nous nous acquitterons, si ce n’est en six ans, ou au moins en douze.

Il n’y a pas deux ans qu’ils réputaient à grand heur d’avoir la vie sauve et ne priaient sinon qu’ils ne fussent contraints de faire profession d’une loi qu’ils estimaient fausse. Ce point en fut accordé, et, à mon avis, fort justement. Mais, soudain après, ils s’assemblèrent en maisons privées pour faire des prières. Le Roi, espérant les obliger, par cette bénignité, le permit.