Page:La Boétie - Discours de la servitude volontaire.djvu/184

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


Ils n’ont pas eu sitôt gagné cet avantage, qu’en ces mêmes congrégations, où on n’avait parlé que de prier Dieu, ils ont passé outre et l’on a prêché et administré les sacrements. Le prince, les cuidant vaincre par sa clémence, l’a dissimulée, en espérant qu’ils s’arrêteraient là, puisqu’ils ne pouvaient prétendre qu’il leur fallut plus grande liberté pour vivre selon leur conscience. Mais quoi ! cette règle de conscience n’est jamais certaine, et ne saurait-on voir la fin de ce qu’elle produit. Ils ont trouvé des lieux publics, de quoi ils ont fait des temples, et ainsi ont clairement et ouvertement fait voir la séparation, et ont mis en évidence un ordre tout nouveau d’une autre république ecclésiastique. Encore le Roi leur a cédé, pour voir que demanderait cette licence, et pour essayer si en cette nouvelle réformation la vie répondrait en la profession. Ils ont depuis fait grande instance d’avoir des temples ; le Roi leur a déclaré qu’il ne leur en donnerait point, mais ils ne se sont pas arrêtés à si beau chemin. En plusieurs lieux, et, à mon avis, partout où ils ont cru être les plus forts, ils en ont pris [de] force et abattu les images et brûlé les ornements. Il semble bien qu’il n’était plus possible que le Roi l’endurât. Toutefois il l’a fait et a, possible, pensé qu’il y avait prou temples, et [que] quand bien les églises réformées