Page:La Boétie - Discours de la servitude volontaire.djvu/189

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vième d’août 1563, je l’envoyai convier à dîner chez moi. Il me manda qu’il me merciait, qu’il se trouvait un peu mal, et que je lui ferais plaisir si je voulais être une heure avec lui, avant qu’il partit pour aller en Médoc. Je l’allai trouver bientôt après dîner. Il était couché vêtu, et montrait déjà je ne sais quel changement en son visage. Il me dit que c’était un flux de ventre avec des tranchées, qu’il avait pris le jour avant, jouant en pourpoint sous une robe de soie, avec M. d’Escars(¹) ; et que le froid lui avait souvent fait sentir semblables accidents. Je trouvai bon qu’il continuât l’entreprise qu’il avait piéça faite de s’en aller ; mais qu’il n’allât pour ce soir que jusques à Gernignan(²), qui n’est qu’à deux lieues de la ville. Cela faisais-je pour le lieu où il était logé tout avoisiné de maisons infectes de peste, de laquelle il avait quelque appréhension, comme revenant du Périgord et d’Agenois, où il avait laissé tout empesté ; et puis, pour semblable maladie que la sienne je m’étais autrefois très bien trouvé de monter à cheval. Ainsi il s’en partit, et Madamoiselle de La Boétie sa femme, et M. de Mouillhonnas son oncle, avec lui(³).

Le lendemain de bien bon matin, voici venir un de ses gens à moi de la part de Madamoiselle de La Boétie, qui me mandait qu’il s’était fort