Page:La Boétie - Discours de la servitude volontaire.djvu/192

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qu’il empirât, je serais très marri qu’à faute d’avisement il eut laissé nulle de ses affaires domestiques décousu, tant pour le dommage que ses parents y pourraient souffrir, que pour l’intérêt de sa réputation : ce qu’il prit de moi de très bon visage. Et après s’être résolu des difficultés qui le tenaient suspens en cela, il me pria d’appeler son oncle et sa femme seuls, pour leur faire entendre ce qu’il avait délibéré quant à son testament. Je lui dis qu’il les étonnerait. « Non, non, me dit-il, je les consolerai et leur donnerai beaucoup meilleure espérance de ma santé, que je ne l’ai moi-même ». Et puis il me demanda, si les faiblesses qu’il avait eues ne nous avaient pas un peu étonnés. « Cela n’est rien, lui dis-je, mon frère : ce sont accidents ordinaires à telles maladies. — Vraiment non, ce n’est rien, mon frère, me répondit-il, quand bien il en adviendrait ce que vous en craindriez le plus. — À vous ne serait-ce que heur, lui répliquai-je ; mais le dommage serait à moi qui perdrais la compagnie d’un si grand, si sage et si certain ami, et tel que je serais assuré de n’en trouver jamais de semblable. — Il pourrait bien être, mon frère, ajouta-t-il, et vous assure que ce qui me fait avoir quelque soin que j’ai de ma guérison, et n’aller si courant au passage que j’ai déjà franchi à demi, c’est la considération de votre perte,