Page:La Boétie - Discours de la servitude volontaire.djvu/193

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


et de ce pauvre homme et de cette pauvre femme (parlant de son oncle et de sa femme) que j’aime tous deux uniquement, et qui porteront bien impatiemment (j’en suis assuré) la perte qu’ils feront en moi, qui de vrai est bien grande et pour vous et pour eux. J’ai aussi respect au déplaisir que auront beaucoup de gens de bien qui m’ont aimé et estimé pendant ma vie, desquels certes, je le confesse, si c’était à moi à faire je serais content de ne perdre encore la conversation. Et si je m’en vais, mon frère, je vous prie, vous qui les connaissez, de leur rendre témoignage de la bonne volonté que je leur ai portée jusques à ce dernier terme de ma vie. Et puis, mon frère, par aventure n’étais-je point né si inutile que je n’eusse moyen de faire service à la chose publique ? Mais quoi qu’il en soit, je suis prêt à partir quand il plaira à Dieu, étant tout assuré que je jouirai de l’aise que vous me prédites. Et quant à vous, mon ami, je vous connais si sage, que, quelque intérêt que vous y ayez, si vous conformerez-vous volontiers et patiemment à tout ce qu’il plaira à sa sainte Majesté d’ordonner de moi, et vous supplie vous prendre garde que le deuil de ma perte ne pousse ce bon homme et cette bonne femme hors des gonds de la raison. » Il me demanda lors comme ils s’y comportaient déjà. Je lui dis que assez bien