Page:La Boétie - Discours de la servitude volontaire.djvu/206

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n’est pas possible que si vile et si basse créature que moi aie pu exécuter les commandements d’un si haut et si puissant maître : ou s’il lui semble que je fasse encore besoin par deçà, et qu’il veuille me réserver à quelque autre heure, suppliez-le qu’il finisse bien tôt en moi les angoisses que je souffre, et qu’il me fasse la grâce de guider dorénavant mes pas à la suite de sa volonté, et de me rendre meilleur que je n’ai été. » Sur ce point il s’arrêta un peu pour prendre haleine : et voyant que le prêtre s’en allait, il le rappela, et lui dit : « Encore veux-je dire ceci en votre présence : Je proteste, que comme j’ai été baptisé, ai vécu, ainsi veux-je mourir sous la loi et religion que Moïse planta premièrement en Égypte, que les Pères reçurent depuis en Judée, et qui de main en main par succession de temps a été apportée en France. » Il sembla, à le voir, qu’il eut parlé encore plus longtemps, qu’il eut pu : mais il finit, priant son oncle et moi de prier Dieu pour lui. « Car ce sont, dit-il, les meilleurs offices que les chrétiens puissent faire les uns pour les autres. » Il s’était en parlant, découvert une épaule, et pria son oncle la recouvrir, encore qu’il eut un valet près de lui. Et puis, me regardant : « Ingenui est, dit-il, cui multum debeas, ei plurinum velle debere. » M. de Belot le vint voir après-midi, et il lui dit, lui présentant sa main :