Page:La Boétie - Discours de la servitude volontaire.djvu/205

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tourmente tant ? Pourquoi m’ôte-t-on de ce grand et plaisant repos auquel je suis ? Laissez-moi, je vous prie. » Et puis m’oyant, il me dit : « Et vous aussi, mon frère, vous ne voulez donc pas que je guérisse ? Ô quel aise vous me faites perdre ! » Enfin, s’étant encore plus remis, il demanda un peu de vin. Et puis s’en étant bien trouvé, me dit que c’était la meilleure liqueur du monde. « Non est dea, fis-je pour le mettre en propos, c’est l’eau. — C’est mon, répliqua-t-il, ὕδωρ ἄριστον(¹). » Il avait déjà toutes les extrémités jusques au visage, glacées de froid, avec une sueur mortelle qui lui coulait le long du corps : et n’y pouvait-on quasi plus trouver nulle connaissance de pouls. Ce matin, il se confessa à son prêtre : mais parce que le prêtre n’avait pas apporté tout ce qu’il lui fallait, il ne lui put dire la messe. Mais le mardi matin, M. de La Boétie le demanda, pour l’aider, dit-il, à faire son dernier office chrétien. Ainsi, il ouït la messe et fit ses Pâques. Et comme le prêtre prenait congé de lui, il lui dit : « Mon père spirituel, je vous supplie humblement, et vous et ceux qui sont tous de votre charge, priez Dieu pour moi soit qu’il soit ordonné par les très sacrés trésors des desseins de Dieu que je finisse à cette heure mes jours, qu’il ait pitié de mon âme, et me pardonne mes péchés, qui sont infinis, comme il