Page:La Borderie-La Bataille des Trente.djvu/27

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et que quiconque vous attaque tombe mort ou blessé. — Tous les Anglais exécutent rapidement cet ordre 'Laisse 3a, Crapelet, p. 29).

Par suite de cette manœuvre, le combat change de face. Jusqu’ici c’était une mêlée, une série de duels et de luttes par petits groupes, sans ordre ni plan. Désormais, c’est un combat régulier. Les vingt- neuf champions anglais étroitement serrés coude à coude, brandissant devant eux leurs longues piques, forment une ligne de bataille impénétrable, contre laquelle les Bretons lancent et redoublent leurs attaques sans pouvoir la briser ; ils n’y gagnent que des blessures. Les Anglais reprennent courage et chantent déjà leur victoire :
— Vengeons, vengeons Bembro, notre loyal ami ! Tuons-les tous ! n’épargnons rien, la journée sera à nous avant le soleil couchant (Laisse 33, Crap., p. 30).
De son côté le bataillon breton s’est renforcé des trois prisonniers de Bembro — Charuel, Bodegat et Pestivien, — qui délivrés par la mort du chef anglais viennent reprendre leur rang dans la troupe de Beaumanoir et se jettent vaillamment sur les Anglais (Laisse 3a, Crap., p. 29). Néanmoins Beaumanoir est plein d’angoisse :
— Si nous ne rompons pas leur ligne, dit-il, honte et malheur sur nous !
Cependant les Bretons s’avisent que cette ligne, formant une muraille de fer énergiquement défendue par les piques et les haches des Anglais, si elle est infrangible quand on l’attaque de face, a cependant deux points faibles, très vulnérables, ses deux extrémités. Pendant que Beaumanoir avec quelques-uns des siens continue l'attaque au centre, les autres Bretons se portent sur les deux bouts de la ligne anglaise, que les compagnons de Crokart s’efforcent de défendre avec fureur; le combat devient là si ardent et si terrible que le cliquetis des armes( les cris de douleur et de fureur des combattants s’entendent à une lieue loin 1 .

1.

« Et commencza bataille et cruelle et pesant,
 Que une lieue entour va tout restondissant. »
 (Ms. Didot, v. 458).

Le ms. Bigot (Crapelet, p. 30) porte seulement : Un quart de lieue entour, ce qui est peu.