Page:La Fontaine - Œuvres complètes - Tome 2.djvu/76

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Contre le mur, atenant de la porte ;
Et l’on avoit placé de mesme sorte,
Tout vis-à-vis, celuy du survenant :
Entre les deux un berceau pour l’enfant,
Et toutefois plus prés du lit de l’Hoste.
Cela fit faire une plaisante faute
A cet amy qu’avoit nostre Galant.
Sur le minuit, que l’Hoste apparemment
Devoit dormir, l’Hostesse en faire autant,
Pinucio, qui n’attendoit que l’heure,
Et qui contoit les momens de la nuit,
Son temps venu, ne fait longue demeure,
Au lit de camp s’en va droit et sans bruit.
Pas ne trouva la pucelle endormie ;
J’en jurerois. Colette apprit un jeu
Qui comme on sçait, lasse plus qu’il n’ennuye.
Tréve se fit ; mais elle dura peu :
Larcins d’amour ne veulent longue pose.
Tout à merveille alloit au lit de camp,
Quand cet amy qu’avoit nostre Galant,
Pressé d’aller mettre ordre à quelque chose
Qu’honnestement exprimer je ne puis,
Voulut sortir, et ne put ouvrir l’huis
Sans enlever le berceau de sa place,
L’enfant avec, qu’il mit prés de leur lit ;
Le détourner auroit fait trop de bruit.
Luy revenu, prés de l’enfant il passe,
Sans qu’il daignast le remettre en son lieu ;
Puis se recouche, et quand il plut à Dieu
Se rendormit. Aprés un peu d’espace,
Dans le logis je ne sçais quoy tomba.
Le bruit fut grand ; l’Hostesse s’éveilla,
Puis alla voir ce que ce pouvoit estre.
A son retour le berceau la trompa.
Ne le trouvant joignant le lit du maistre,
Saint Jean, dit-elle en soy-mesme aussi-tost,
J’ay pensé faire une estrange béveuë :
Prés de ces gens je me suis, peu s’en faut,