Page:La Fontaine - Fables choisies, Barbin 1692, tome 1.djvu/14

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PREFACE.


Cela ne m’a point détourné de mon entrepriſe ; au contraire, je me ſuis flaté de l’eſperance que ſi je ne courois dans cette carriere avec ſuccez, on me donneroit au-moins la gloire de l’avoir ouverte.

Il arrivera poſſible que mon travail fera naiſtre à d’autres perſonnes l’envie de porter la choſe plus loin. Tant s’en faut que cette matiere ſoit épuiſée, qu’il reſte encore plus de Fables à mettre en Vers, que je n’en ay mis. J’ay choiſi veritablement les meilleures, c’eſt-à-dire celles qui m’ont ſemblé telles. Mais outre que je puis m’eſtre trompé dans mon choix, il ne ſera pas difficile de donner un autre tour à celles-là meſme que j’ay choiſies ; & ſi ce tour eſt moins long, il ſera ſans doute plus approuvé. Quoy qu’il en arrive, on m’aura toujours obligation ; ſoit que ma temerité ait eſté heureuſe, & que je ne me ſois point trop écarté du chemin qu’il faloit tenir, ſoit que j’aye ſeulement excité les autres à mieux faire.

Je penſe avoir juſtifié ſuffiſamment mon deſſein ; quant à l’execution, le Public en fera Juge. On ne trouvera pas icy l’élegance ni l’extrême breveté, qui rendent Phedre recommandable ; ce ſont qualitez