Page:La Fontaine - Fables choisies, Barbin 1692, tome 1.djvu/38

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


ſarçonna le Philosophe, & luy oſta l’eſperance de jamais attraper le Phrygien. Or ce n’eſtoit pas ſeulement avec ſon Maiſtre qu’Eſope trouvoit occaſion de rire & de dire de bons mots. Xantus l’avoit envoyé en certain endroit : il rencontra en chemin le Magiſtrat qui luy demanda où il alloit. Soit qu’Eſope fuſt diſtrait, ou pour une autre raiſon, il répondit qu’il n’en ſçavoit rien. Le Magiſtrat tenant à mépris & irreverence cette réponſe, le fit mener en priſon. Comme les Huiſſiers le conduiſoient : Ne voyez-vous pas, dit-il, que j’ay tres-bien répondu ? Sçavois-je qu’on me feroit aller où je vas ? Le Magiſtrat le fit relaſcher, & trouva Xantus heureux d’avoir un Eſclave ſi plein d’eſprit. Xantus de ſa part voyoit par là de quelle importance il luy eſtoit de ne point affranchir Eſope ; & combien la poſſeſſion d’un tel Eſclave luy faiſoit d’honneur. Meſme un jour, faiſant la débauche avec ſes diſciples, Eſope qui les ſervoit, vid que les fumées leur échauffoient déjà la cervelle, auſſi-bien au Maiſtre qu’aux Ecoliers. La débauche de vin, leur dit-il, a trois degrez : le premier de volupté, le ſecond d’yvrognerie, le troiſiéme de fureur. On