Page:La Fontaine - Fables choisies, Barbin 1692, tome 1.djvu/39

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LA VIE

ſe mocqua de ſon obſservation, & on continua de vuider les pots. Xantus s’en donna juſques à perdre la raiſon, & à ſe vanter qu’il boiroit la Mer. Cela fit rire la Compagnie. Xantus ſoûtint ce qu’il avoit dit, gagea ſa maiſon qu’il boiroit la Mer toute entiere ; & pour aſſurance de la gageure, il dépoſa l’Anneau qu’il avoit au doigt. Le jour ſuivant, que les vapeurs de Bacchus furent diſſipées, Xantus fut extrêmement ſurpris de ne plus trouver ſon Anneau, lequel il tenoit fort cher. Eſope luy dit qu’il eſtoit perdu, & que ſa maiſon l’eſtoit auſſi par la gageure qu’il avoit faite. Voilà le Philoſophe bien alarmé. Il pria Eſope de luy enſeigner une défaite. Eſope s’aviſa de celle-cy. Quand le jour que l’on avoit pris pour l’execution de la gageure fut arrivé, tout le peuple de Samos accourut au rivage de la Mer, pour eſtre témoin de la honte du Philoſophe. Celuy de ſes Diſciples qui avoit gagé contre luy, triomphoit déja. Xantus dit à l’Aſſemblée : Meſſieurs, j’ay gagé veritablement que je boirois toute la Mer, mais non pas les Fleuves qui entrent dedans : C’est pourquoy que celuy qui a gagé contre moy détourne leurs cours ; & puis je ferai ce que je