Page:La Fontaine - Fables choisies, Barbin 1692, tome 1.djvu/42

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D’ESOPE.

peu de terre. Le Philoſophe fut ſommé de tenir parole : mais il reculoit toûjours. Les Dieux me gardent de t’affranchir, dit-il à Eſope, que tu ne m’ayes donné avant cela l’intelligence de ces lettres : ce me fera un autre treſor plus precieux que celuy lequel nous avons trouvé. On les a icy gravées, pourſuivit Eſope, comme eſtant les premieres lettres de ces mots, δ’πόϐας βήματα, c’eſt-à-dire : Si vous reculez quatre pas, & que vous creuſiez, vous trouverez un Treſor. Puiſque tu es ſi ſubtil, repartit Xantus, j’aurois tort de me défaire de toy : n’eſpere donc pas que je t’affranchiſſe. Et moy, repliqua Eſope, je vous dénonceray au Roy Denys ; car c’eſt à luy que le Treſor appartient, & ces meſmes lettres commencent d’autres mots qui le ſignifient. Le Philoſophe intimidé dit au Phrygien qu’il priſt sa part de l’argent, & qu’il n’en dît mot, dequoy Eſope declara ne luy avoir aucune obligation ; ces lettres ayant eſté choiſies de telle maniere qu’elles enfermoient un triple ſens, & ſignifioient encore, En vous en allant vous partagerez le Treſor que vous aurez rencontré. Dés qu’ils furent de retour, Xantus commanda que l’on enfer-