Page:La Fontaine - Fables choisies, Barbin 1692, tome 1.djvu/41

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LA VIE

Pendant le ſupplice du pauvre Eſope, on vint inviter Xantus à un repas : il promit qu’il s’y trouveroit. Helas ! s’écria Eſope, les preſages ſont bien menteurs ! moy qui ay veu deux Corneilles, je ſuis battu ; mon Maiſtre qui n’en a veu qu’une eſt prié des nôces. Ce mot plût tellement à Xantus, qu’il commanda qu’on ceſſaſt de foüetter Eſope : mais quant à la liberté, il ne ſe pouvoit reſoudre à la luy donner, encore qu’il la luy promiſt en diverſes occaſions. Un jour ils ſe promenoient tous deux parmy de vieux monumens, conſiderant avec beaucoup de plaisir les Inſcriptions qu’on y avoit miſes. Xantus en apperceut une qu’il ne put entendre, quoy qu’il demeuraſt long-temps à en chercher l’explication. Elle eſtoit compoſée des premieres lettres de certains mots. Le Philoſophe avoüa ingenûment que cela paſſoit ſon eſprit. Si je vous fais trouver un Treſor par le moyen de ces Lettres, luy dit Eſope, quelle recompenſe aurai-je ? Xantus luy promit la liberté, & la moitié du Treſor. Elles ſignifient, pourſuivit Eſope, qu’à quatre pas de cette Colomne nous en rencontrerons un. En effet, ils le trouverent, aprés avoir creuſé quelque