Page:La Fontaine - Fables choisies, Barbin 1692, tome 1.djvu/51

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LA VIE

derniere il luy a étranglé un Coq extrêmement courageux, & qui chantoit à toutes les heures. Vous eſtes un menteur, repartit le Roy ; comment ſeroit-il poſſible que ce Chat euſt fait en ſi peu de temps un ſi long voyage ? Et comment eſt-il poſſible, reprit Eſope, que vos Jumens entendent de ſi loin nos Chevaux hannir, & conçoivent pour les entendre ? Enſuite de cela le Roy fit venir d’Heliopolis certains perſonnages d’eſprit ſubtil, & ſçavans en queſtions enigmatiques. Il leur fit un grand régal, où le Phrygien fut invité. Pendant le repas ils propoſerent à Eſope diverſes choſes ; celle-cy entr’autres. Il y a un grand Temple qui eſt appuyé ſur une Colomne entourée de douze Villes, chacune deſquelles a trente arcboutans, & autour de ces arcboutans ſe promenent l’une aprés l’autre deux Femmes, l’une blanche, l’autre noire. Il faut renvoyer, dit Eſope, cette queſtion aux petits enfans de noſtre païs. Le Temple eſt le Monde, la Colomne l’An ; les Villes ce ſont les Mois, & les Arcboutans les Jours, autour deſquels ſe promenent alternativement le Jour & la Nuit. Le lendemain Nectenabo aſſembla tous ſes amis. souf-