Page:La Fontaine - Fables choisies, Barbin 1692, tome 1.djvu/52

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D’ESOPE.

frirez-vous, leur dit-il, qu’une moitié d’homme, qu’un avorton ſoit la cauſe que Lycerus remporte le prix, & que j’aye la confuſion pour mon partage ? Un d’eux s’aviſa de demander à Eſope qu’il leur fiſt des queſtions de choſes dont ils n’euſſent jamais entendu parler. Eſope écrivit une cedule, par laquelle Nectenabo confeſſoit devoir deux mille talens à Lycerus. La cedule fut miſe entre les mains de Nextenabo toute cachetée. Avant qu’on l’ouvriſt, les amis du Prince ſoûtinrent que la choſe contenuë dans cet Ecrit eſtoit de leur connoiſſance. Quand on l’eut ouverte, Nectenabo s’écria : Voilà la plus grande fauſſeté du monde : je vous en prens à témoin tous tant que vous eſtes. Il eſt vray, repartirent-ils, que nous n’en avons jamais entendu parler. J’ay donc ſatisfait à voſtre demande, reprit Eſope. Nectenabo le renvoya comblé de preſens, tant pour luy que pour ſon Maiſtre. Le ſejour qu’il fit en Egypte eſt peut-eſtre cauſe que quelques-uns ont écrit qu’il fut Eſclave avec Rhodopé, celle-là qui des liberalitez de ſes Amans, fit élever une des trois Pyramides qui ſubſiſtent encore, & qu’on voit avez admiration : c’eſt la plus petite,