Page:La Fontaine - Fables choisies, Barbin 1692, tome 1.djvu/55

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.

LA VIE

de l’un & de l’autre. C’eſt ainſi, Delphiens abominables, qu’un plus puiſſant que nous me vengera : je periray, mais vous perirez auſſi. Comme on le conduiſoit au ſupplice, il trouva moyen de s’échaper, & entra dans une petite Chapelle dédiée à Apollon. Les Delphiens l’en arracherent. Vous violez cet Aſile, leur dit-il, parce que ce n’eſt qu’une petite Chapelle ; mais un jour viendra que vôtre méchanceté ne trouvera point de retraite ſeure, non pas meſme dans les Temples : il vous arrivera la meſme choſe qu’à l’Aigle, laquelle, nonobſtant les prieres de l’Eſcarbot, enleva un Lievre qui s’eſtoit réfugié chez luy. La generation de l’Aigle en fut punie juſques dans le giron de Jupiter. Les Delphiens peu touchez de tous ces exemples, le précipiterent. Peu de temps aprés ſa mort, une peſte tres-violente exerça ſur eux ſes ravages. Ils demanderent à l’Oracle par quels moyens ils pourroient appaiſer le courroux des Dieux. L’Oracle leur répondit qu’il n’y en avoit point d’autre que d’expier leur forfait, & ſatisfaire aux Manes d’Eſope. Auſſi-toſt une Pyramide fut élevée. Les Dieux ne témoignerent pas ſeuls combien ce crime