Page:La Harpe - Abrégé de l’histoire générale des voyages, tome 5.djvu/326

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discourir sur les pays étrangers, l’inclination naturelle du jeune Tavernier pour les voyages ne fut pas moins échauffée par leurs discours que par la vue de tant de cartes. Aussi commença-t-il à s’y livrer dès sa plus tendre jeunesse. On apprendra par son exemple que l’ardeur et l’industrie peuvent conduire à la fortune avec fort peu de secours. Il gagna dans ses voyages d’Orient des biens si considérables par le commerce de pierreries, qu’à son retour en 1668, après avoir été anobli par Louis XIV, il se vit en état d’acheter la baronnie d’Aubonne, au canton de Berne, sur les bords du lac de Genève. Cependant la malversation d’un de ses neveux, auquel il avait confié la direction d’une cargaison de deux cent vingt-deux mille livres, dont il espérait tirer au Levant plus d’un million de profit, jeta ses affaires dans un si grand désordre, que, pour payer ses dettes ou pour se mettre en état de former d’autres entreprises, il vendit cette terre à M. du Quesne, fils aîné d’un de nos grands hommes de mer. Ensuite, s’étant mis en chemin dans l’espérance de réparer ses pertes par de nouveaux voyages, il mourut à Moscou, dans le cours du mois de juillet 1689, âgé de quatre-vingt-quatre ans.

Il avait recueilli quantité d’observations dans six voyages qu’il avait faits pendant l’espace de quarante ans, en Turquie, en Perse et aux Indes ; mais un si long commerce avec les étrangers lui avait fait négliger sa langue naturelle,