Page:La Madelène - Le comte Gaston de Raousset-Boulbon, sa vie et ses aventures, 1859.djvu/130

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XIV

Tout à coup, une terrible nouvelle vint tout remettre en question : Santa Anna, disait-on, vendait la Sonore aux États-Unis.

Laissons M. de Raousset raconter lui-même ce dernier désastre de ses illusions obstinées :

28 janvier 1854.

» En vérité, mon cher ami, si je ne craignais d’être ridicule, je dirais qu’un malin génie s’attache à mes pas pour me priver, au moment où je vais en jouir, du fruit de mes laborieuses combinaisons.

» Malgré l’égoïsme étroit qui caractérise les marchands ou les loups-cerviers de ce pays-ci, j’étais parvenu à réunir les capitaux nécessaires pour envahir la Sonore avec un millier d’hommes. Dès que j’aurais été maître de Guaymas et de la Douane, je me trouvais en main des ressources suffisantes pour y rassembler une armée d’enfants perdus disposés à tout tenter contre les promesses de l’inconnu. Ajoute à cela le parti considérable que j’ai en Sonore même… J’ai réuni les moyens, les armes, les navires, les subsistances, les hommes ; je n’ai plus qu’à partir. Encore huit jours, et je vogue sur la mer, comme Rollon, avec des compagnons qui valent bien les Normands… Eh bien ! voici que des lettres nous arrivent de Mexico, annonçant la vente de la Sonore aux États-Unis. . . . . . . . . . . . . . . . . . .

» Mon rêve s’évanouit, et ce qu’il y a de plus désolant, c’est que j’ai la certitude que la nouvelle est fausse… Mes bailleurs de fonds le croient aussi ; mais, dans le doute, l’argent, qui est chose sainte, délicate, sacrée, l’argent ne se hasarde pas ainsi. Ces messieurs veulent