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LA NATURE.

nients ; l’instrument qui agit n’a pas l’habileté de la main artistique que guident l’amour du beau et la juste impression des effets de la nature. Il altère souvent la perspective linéaire, comme la perspective aérienne ; les procédés de développement de l’image reproduisent souvent les lointains avec autant de vigueur que les premiers plans ; les ombres forment quelquefois dans la photographie des taches noires, des teintes plates et massives, qui ôtent au dessin tout modelé et toute harmonie. Cela est surtout vrai si l’instrument est guidé par une main inexpérimentée.

Mais on ne peut nier que l’appareil photographique, manœuvré par un artiste, est susceptible de produire des épreuves marquées au sceau de l’art. S’il y a de mauvaises photographies, il faut avouer qu’il ne manque pas de mauvais tableaux. En considérant quelques-uns des produits qui sortent des ateliers de nos premiers photographes, on conviendra que souvent nulle miniature, et nul dessin, ne peuvent leur être comparés.

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Fig. 2. — Fac-similé d’une dépêche photomicroscopique du siège de Paris.

Nous ne nous engagerons pas plus loin dans cet ordre d’idées et de discussions. Il est dangereux, à notre avis, de vouloir établir un parallèle entre la peinture et la photographie, qui diffèrent essentiellement dans leurs procédés et dans leurs moyens. Il nous semble toutefois profondément injuste de vouloir nier que la photographie est un art. Elle constitue un grand art ; mais nous quitterons ce terrain glissant, pour aborder une question bien plus intéressante, celle des services que la photographie est susceptible de rendre à tous les artistes, au peintre, au sculpteur, à l’architecte.

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Fig. 3. — Le photographe dans les voyages d’exploration.

L’illustre Paul Delaroche, à la naissance du daguerréotype, ne craignit pas de dire, en présence des membres de l’Académie des sciences : « Le daguerréotype porte si loin la perfection de certaines conditions essentielles de l’art, qu’il deviendra pour les peintres les plus habiles un sujet d’observations et d’études. »

Paul Delaroche disait vrai. Une collection photographique est actuellement pour l’artiste une inépuisable source d’enseignements utiles ; il est certain que nul peintre aujourd’hui, quel que soit son talent, n’exécutera un portrait sans avoir de bonnes épreuves photographiques de son modèle. Il est évident qu’un paysagiste ne saurait trop s’inspirer de quelques-unes de ces admirables études photographiques de la nature, que de vrais artistes savent aujourd’hui fixer sur leurs glaces collodionnées. — L’étudiant trouvera encore des modèles incomparables dans ces belles photographies qui reproduisent les sublimes cartons du Louvre, estampes incomparables et uniques dues au crayon magique de Raphaël, ou au pinceau puissant de Michel-Ange. Nul audacieux n’oserait reproduire les dessins de nos