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LE ROMAN D’UN RALLIÉ

réservé, elle s’était ·dit : Il est un peu sacristain, ce garçon ! — mais le dimanche, Étienne n’avait pas paru aux Vêpres et elle avait su qu’il s’y rendait rarement, se contentant d’assister à la messe. Alors, une autre idée lui était venue : il a beaucoup d’expérience avait-elle conclu ; il connait les femmes et cherche à savoir ce dont je suis capable. — C’est à la suite de cette réflexion que Gyp avait remplacé Lamartine et qu’Éliane avait tenté de la valse et de la cigarette. Les petits trucs ne prenaient pas. La froideur du marquis se mêlait même, à certains jours, d’un peu d’ironie. Éliane s’appliquait à ne rien laisser paraître de son dépit. Du reste on s’en inquiétait peu autour d’elle. Son beau-frère ne comprenait rien aux subtilités du flirt ; le mariage était à ses yeux une bonne institution bourgeoise, très pratique et très confortable. Madame d’Alluin avait l’esprit si charitable que dans sa crainte des jugements téméraires, elle trouvait tout le monde parfait et pensait toujours que tout allait pour le mieux. Quant à la marquise, ne connaissant de la nature de son fils que les dehors modérés et rien des ardeurs secrètes, elle ne s’alarmait point qu’il fut si long à se troubler. Rien ne pressait du reste. Ce qu’elle avait voulu c’était le mettre à même d’apprécier « cette petite » et vraiment pouvait-on vivre auprès d’elle sans l’apprécier ? Des doigts de fée, des yeux pleins de malice, de l’esprit de répartie, un bon cœur… tout pour elle. Éliane s’était appliquée à conquérir sa future belle-mère par des moyens autres que ceux dont elle employait en vain la séduction sur Étienne. Sous le regard de la marquise, elle avait pansé une vieille femme, confectionné un gâteau d’amandes et regarni un chapeau.

Pauvre Éliane ! tant de diplomatie pour n’arriver à rien ! Car elle ne le savait que trop, ses actions n’avaient pas monté d’un point dans l’esprit d’Étienne (elle n’en était pas encore à suivre la cote dans son cœur). Ce qui la mortifiait le plus, c’est que la veille, à la noce de la fille de Pierre Braz, où elle s’était mortellement ennuyée, il avait paru, lui, s’amuser beaucoup. La tempête faisait rage, la neige fouettait les vitres, mais la fête n’en avait pas été attristée. Le temps n’est jamais parvenu à arrêter des Bretons qui ont résolu de s’égayer ! Au contraire, chaque nouvel invité qui entrait en se secouant comme un chien sorti de l’eau et en aspergeant ses voisins de flocons neigeux, excitait des transports d’hilarité. Le repas avait duré trois heures. Au dessert, Étienne avait fait un petit discours en breton, puis des gars avaient chanté des