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LE FORMATION DES ÉTATS-UNIS.

manifestement sentir. Un long préambule consacré à l’affirmation des droits de l’homme et du citoyen n’était pas nécessaire pour donner à la déclaration une force qu’elle empruntait aux circonstances mêmes. Lorsqu’on agit, il n’est pas besoin de beaucoup de paroles pour souligner les actes. Si, en cette circonstance, Jefferson crut devoir proposer et ses collègues approuver un texte dont l’emphase a fait sourire quelquefois leurs descendants, c’est qu’à travers l’Océan le Contrat social avait agi directement ou indirectement sur la partie la plus éclairée de la société américaine. Plus tard, quand le moment vint de rédiger une constitution, on s’inspira de Montesquieu ; l’on respecta sa doctrine de la séparation des pouvoirs. Comme, d’ailleurs, les Américains étaient plus hommes de pralique que de théorie, il faut bien admettre que l’action européenne s’exerçait sur eux avec une certaine puissance. Et, en effet, nul parmi eux ne songeait alors à se passer de l’Europe. Les uns nourrissaient l’espoir d’amener l’Angleterre à composition, les autres de se ménager quelque alliance sur le continent ; les plus indépendants repoussaient l’idée d’une intervention étrangère armée, mais escomptaient pour l’avenir l’appui moral et pécuniaire qui serait nécessaire à la jeune république. La perspective d’avoir pour voisine une monarchie du vieux monde ne les effrayait plus du moment que leur existence nationale était reconnue et leur territoire garanti contre toute agression. Après s’être battus pendant si longtemps contre les Français, ils acceptèrent sans trop se faire prier les clauses du traité de 1778 par lequel, en échange de l’appui que ceux-ci allaient leur donner, ils s’engageaient à respecter l’intégralité des possessions « présentes et à venir de la couronne de France » en Amérique. À cette époque, on ne s’avisait pas que le nombre des États pût augmenter, qu’il pût s’en créer de nouveaux qui demanderaient à faire partie de la confédération. La plupart des citoyens eussent ressenti plus d’effroi que de satisfaction à la pensée d’une extension territoriale au delà du Mississipi.

L’avenir de leur pays était à leurs yeux essentiellement maritime et surtout européen. L’acquisition de la Louisiane (1803) déplaça le centre de gravité des États-Unis en même temps que, par son attitude, l’Europe contribuait à les détourner d’elle. Dès le début, deux grands partis s’étaient dessinés qui, sous l’étiquette de fédéralistes et de républicains démocrates, groupaient en réalité les anglophiles et les francophiles ; les anglophiles étaient en