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de faire une édition, et fixe le prix à payer aux héritiers. Il y a plus d’un siècle que la disposition existe, on n’a jamais eu besoin d’invoquer ce remède désespéré. Il ne s’est jamais rencontré d’héritier qui s’amusât à se ruiner, en supprimant les œuvres de son père. Qu’on insère un article analogue dans la loi future, rien de mieux ; on peut être sûr qu’on n’en usera jamais !

Mais si les héritiers sont avides, inintelligents, indolents ? S’ils élèvent le prix de vente de façon à rendre l’œuvre inaccessible au gros du public, s’ils ne savent point aller au-devant de la curiosité, s’ils laissent dormir les livres dans un magasin : qui sera victime de cette avidité, de cette sottise, de cette paresse ? La Société !

Et pour remédier à ce mal qu’on grossit, on imagine une foule d’éditeurs désintéressés, actifs, intelligents, qui débarrasseront les héritiers de toute peine, en les débarrassant de leur propriété.

De pareilles hypothèses ne sont pas sérieuses. Elles ont contre elles l’expérience, et elles prouvent trop : car si les choses se passent de la sorte, ce ne sont pas seulement les héritiers qu’il faut interdire, ce sont aussi les auteurs.

Quand un auteur veut vendre son livre trop cher, le dépouillez-vous ? Non, vous attendez l’épreuve ; il ne faut pas longtemps pour qu’il apprenne à ses dépens que c’est le public qui fait le prix des livres et non pas l’éditeur. Pourquoi l’héritier ne serait-il pas capable de comprendre la même leçon ?

Si l’héritier est inintelligent de ses propres intérêts, il y aura toujours, ce nous semble, des éditeurs qui songent à tout. Ils iront remuer cette indolence, ils animeront cette paresse. Ils feront ce qu’ils font aujourd’hui avec les veuves et les héritiers pour une