Page:La Révolution surréaliste, n02, 1925.djvu/12

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lo ENQUETE Il ne doit naître que d’une résolution. On devrait non pas s’y jeter dans un vertige, mais s’y déterminer selon la raison. Placer dans un des plateaux de la balance le dommage fait à la collectivité,le chagrin fait à l’entourage, l’horrible difficulté de se donner la mort. Dans l’autre plateau, l’effort d’échapper à l’une des incurables misères inventées par la nature ou par les hommes. Si le second plateau l’emporte, enlevez: c’est pesé. Une remarque. L’opinion, ce monstre ébloui, hésite dans ses jugements sur le suicide. Elle applaudit la mort de Lucrèce, de Pétrone, du général Boulanger,de Mme Sembat. Et dans les familles,on garde sur le parent suicidé un silence de blâme et de honte, plus opaque, plus massif, plus écrasant que la pierre du tombeau. Ne nous rêvons-nous pas ?. se demande M.MICHEL ARNAUD,qui conclut: Le suicide est à la vie la seule solution élégante (il y aurait aussi une adroite et preste ablation du cerveau, mais où le chirurgien ?) M.le docteur BONNIOT: A votre grave question,ma réponse je la trouve dans la Bible moderne et souhaite qu’on en pèse rigoureusement tous les termes. Le suicide n’est une solution que dans le cas pratiquement évitable, où « Ces héros excédés de malaises badins « Vont ridiculement se pendre au réverbère. » M.LÉON BARANGER

Parfois la porte fermée on rencontre l’autre aventure. On plonge au fond de l’Atlantique et on continue par le Pacifique,mais c’est fini pour le côté du départ. Je n’ai jamais été jusque-là et:ignore donc si on peut être alors fixé (Cf.Poe) et. savoir si l’on a résolu ou solutionné. M.GEORGES POLTI nous interprète: ((L’homme ne meurt pas, il se tue. » Cette observation (de Flourens je crois) prend, à votre question, quelle profondeur imprévue : nous serions immortels(comme Adam avant le péché) si nous ne nous acheminions pas — sous quelle étrange possession! — du fond de notre inconscient à notre suicide, n’est-ce pas là ce que vous aurez voulu dire ? M. MARCEL JOUHANDEAU se cite (M.Godeau intime): La vérité, c’est que je serai toujours, et Dieu. Le suicide est inutile. M.JEAN PAULHAN s’imite: Bien entendu, l’on ne peut exagérer la difficulté du seul acte propre, sans doute, à boule- verser légèrement notre vie : nous ne saurions mourir en trop bon état. Mais faut-il pour cela se suicider, il est peu de gens qui ne gagnent à être malades. C’est du point de vue technique que répondent le docteur MAURICE DE FLEURY,ce sinistre imbécile

Le suicide ne peut pas être « une solution » parce qu’il est d’ordre pathologique. Il est le point culminant de. l’angoisse,comme l’angoisse est le point culminant de la constitution émotive. Je ne puis ici que l’affirmer. Je me suis efforcé de le démontrer dans la seconde partie de mon récent ouvrage, L’Angoisse Humaine. Mes observations nombreuses,touchant des êtres humains tentés par l’appel de la mort, m’ont amené à cette conclusion que je ne puis qu’exprimer ici brièvement. et M. le Professeur PAUL LECÈNE-. J’ai toujours pensé que la mort était due à une inattention momentanée à la vie. La vie est naturelle à l’homme. S’il meurt, c’est au fond toujours de sa faute : s’il faisait suffisamment attention, il serait immortel. Malheureusement en pratique, l’attention continuelle, jusqu’à un âge très avancé, est bien difficile et en général (depuis que nous avons des renseignements authentiques sur l’humanité) les hommes sont morts ; mais au fond, ce fut toujours par une sorte de suicide et par leur faute. Technique aussi,M.CLÉMENT YAUTEL: Je crois, pour ma part, qu’il n’y a de solution définitive à rien... Evidemment le monsieur (ou la dame) qui « se détruit » parce que la vie lui impose une douleur insupportable ou un problème cruel et insoluble,ce désespéré trouve une solution... Mais elle doit être provisoire,car l’au-delà nous réserve sans doute aussi des embêtements. Nous sommes peut-être, dès maintenant, en plein au-delà, un au-delà plutôt inconfortable où sont internes pour un certain temps les suicidés des autres mondes. Que toutes ces réponses,habiles,littéraires ou burlesques, apparaissent donc sèches,et comment se fait-t-il qu'on n'y entende rien sonner d’humain? Se tuer, n’avez-vous pas pesé ce que comporte un semblable propos, de fureur et d’expérience, de dégoût et de passion? Ce qu’il passe d’amer dans ceux qui se décident alors à ce geste. Et si l’on se tuait aussi, au lieu de s’en aller ? demande JACQUES VACHÉ qui écrit au bas de sa dernière lettre: N. B. — Les lois s’opposent à l’homicide volontaire. Et RABBE avant d’en finir: Il faut que j’écrive mes Ultime Lettere.Si tout homme ayant beaucoup senti et pensé, mourant, avant la dégradation de ses facultés par l’âge, laissait ainsi son Testament philosophique,c’est- à dire une profession de foi sincère et. hardie, écrite sur la planche du cercueil,il y aurait plus de vérités reconnues et: soustraites à l’empire de la sottise et de la méprisable opinion du vulgaire. J’ai, pour exécuter ce dessein,d’autres motifs: il est de par le monde quelques hommes intéressants que j’ai eu pour amis ; je veux qu’ils