Page:La Révolution surréaliste, n02, 1925.djvu/7

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TEXTES SURREALISTES

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groupe j’ai pu prêter une oreille attentive aux injonctions de ces personnages, peut-être d’ailleurs que j’ai eu tort ; et au surplus que voyez-vous à signaler contre moi ? Pas même un petit désir maigre comme une fumée, pas même une noire nacelle à l’ancre. Il n’y a qu’une chose que j’aurais voulu exprimer : c’est l’angoisse qui me prend au moment où je descends une rue, seul, et les bras ballants, parce que aussitôt m’assaillent mes diverses naissances. Je songe qu’un esprit me menace constamment, que si je voulais revoir mes amis le lendemain je le pourrais et que cette détermination où me plonge leur refus de s’associer à ma merveille n’est pas précisément faite pour entretenir la joie dont je me croyais constamment capable. Autrement comment me serais-je permis cette confession de foi, comment aurais-je mesuré si bien la distance qui me sépare de vos gouffres? Je ne menace personne, je pense seulement a nvallonger dans le champ des.étoiles, là où elles sont le moins compactement disposées, puis à beugler une chanson que je connais bien, la seule du reste. Ainsi verrai-je apparaître à mes veux le délicat reliquaire qui transperce les Ilots bleus. La magicienne qui vit dans les étoiles, et les conduit d’un regard, ne me trompe pas sur ce point. Très exactement elle m’avait renseigné sur ce que je devais faire une fois arrivé à cette conquête rapide comme un éclair, le vent minaudant avec les arbres calcinés. C’est alors que j’entendis très nettement un sanglot tout, au fond de ma carcasse ; les pays environnants en furent secoués. Ma grâce s’ébauchait. La teneur voulue par les générations antérieures, et qui portait inetfablemcnt un costume peureux de lui comme lui de son ombre, me refusa de comparaître au tribunal. Les cigarettes grillaient entre nous, joliment, avec la main baguée, les cheveux bien en l’air, c’est-à-dire flambant dans l’éther. Je lui pris la main, je dis mon avenir brise parce que cette jolie servante avait refusé de déguiser ses merveilles. Les beaux torses environ sectionnés à la hauteur du bassin, me ragaillardissaient. Mais puis-je employer cette expression méphitique pour désigner ce que ma vie a toujours eu de plus neuf et de plus instructif, je veux dire ce redressement de l’âme précipitée entre deux lames, je veux dire cette cohue qui me pousse vers le ciel, mais comme si l’état où je me trouvais, passé au crible du malheur, ne me permettait d’autre bonheur que celui de tuer les gens puis de les pleurer ? Ce n’était pas tout. J’avais depuis quelques instants laissé errer un regard sur les prairies dont se tapissait l’envers de ma vue. Rien n’était plus délectable, un peu d’amour, un rien de grave, elles me formaient un gage singulier, sanglant, décisif ; je veux bien qu’on l’accorde. Mais alors, comment, se refuser à ce genre de désirs ? Ainsi voit-on de très jeunes filles ne jamais démordre de l’idée de l’homme qu’elles se sont faite.

Je pensais donc qu’un chien revenu de son pays natal dans de semblables dispositions se trouverait à même d’être pour moi u merveilleux sujet d’expériences. Il faut absolument recommencer ce discours, car la réalité que je lui accorde n’est plus en relation directe avec le nombre des mots qui le composent; les vermouths feraient mieux mon affaire, même Lleus. Quant aux voyages, je finis par croire que sans but ils sont sans effet, c’est pourquoi j’attends que quelqu’un m’appelle pour aller le rejoindre. Ah, ces nuées d’électricité blanche, poussées vers une cruauté toujours plus grande ! Comme c’est avec lassitude que je songe à ces cadavres accumulés à l’ombre des forêts, à ces souvenirs empilés sans raison !... Mais voilà, la désagrégation mentale parle à son tour ; on croit devoir lui accorder tout ce qu’elle réclame, et moi, je reste le bec enfumé dans l’eau, sans autre pensée qu’un oeilfixé sur les toits qui ont des drapeaux Vous voyez que je traîne lamentablement à la remorque de mes semaines un passé détestable, et des ttoupes qui marquent le pas à mes côtés. Pourquoi m’en voudrait-on de ceci, pourquoi me refuserait-on d’aliéner si peu que ce soit la majeure partie des ficellesque l’on m’a proposées ? Je n’ai pas assez le courage de stationner pour cela ; je préfère m’embarquer sur le silencieux navire, que de me résigner à ces parures fausses. Je vous ies donne, abandonne même, et sans rectification de ma part. Je veux seulement que vous songiez à hier, à défaut de demain, que vous discutiez avec le grand ange blanc, que vous lui imposiez votre volonté, et que vous marchiez sur ses traces pour qu’un jour il sente la nuit sur ses épaules et l’étouffement. Car elle descend, la voici qui tom >emalgré les régicides, la voici qui balaye d’un long regard brun toutes nos sympathies présentes ; elle enfonce dans le passé toute la force dont elle est capable, et nous laisse pantelants, religieusementdéfendus,